Hakim Soufi, PDG de Macir Vie : » je milite pour plus de liberté des compagnies d’assurance privées »

Hakim Soufi, PDG de Macir Vie : » je milite pour plus de liberté des compagnies d’assurance privées »

Hakim Soufi, à la tête de Macir Vie depuis 2011, quadragénaire fort sympathique et au sourire affable, nous a reçus en toute simplicité dans son bureau. L’accueil était chalereux et sympathique car ce jeune patron était à l’aise et sûr de lui mais sans la moindre prétention d’où cette attitude d’un homme très à l’aise dans son argumentaire.

La santé financière des assurances en Algérie en cette période difficile, les difficultés que rencontrent les assureurs privés et comment promouvoir ce secteur ont constitué la trame des questions posées au PDG de Macir Vie qui a bien voulu y répondre, dans l’entretien ci-dessous.

Comment se porte Macir Vie dans cette conjoncture économique difficile ?

Aujourd’hui Macir Vie se porte bien. On a commencé à l’époque où le législateur avait recommandé la séparation des compagnies assurance dommages et assurance des personnes (assurance -vie) en 2011. C’est ce que nous avons fait. Nous avons extirpé du portefeuille de CIAR, notre maison mère, les garanties pour l’assurance de personnes.

C’était un portefeuille d’environ 225 millions de dinars, aujourd’hui on est à 1, 430 milliards de dinars. Donc, nous avons réalisé une croissance à trois chiffres sur cinq ans, c’est presque du 700%, et nous sommes vraiment très fiers de ces résultats.

Pour répondre clairement à votre question, Macir Vie fonctionne bien et elle devrait fonctionner encore mieux dans les années à venir.

Quels sont les produits et services que vous commercialisez pour élargir votre portefeuille-clients ?

Cela peut-être étonnant mais toutes les compagnies d’assurance de personnes proposent les mêmes produits : assurance groupes, assurance voyages, assurance décès … et ce quasiment aux mêmes prix avec 5, 10 ou 20% de différence.

Clairement, nous avons une dizaine de produits et sur l’ensemble on n’en commercialise que trois ou quatre pour le moment, ce n’est pas suffisant.

Donc dans le portefeuille, il y a trois produits qui sont les plus utilisés, les plus exploités pour toutes les compagnies d’assurance. Il s’agit de l’assurance voyage, l’assurance groupe et l’assurance emprunteur (celle que les banques demandent pour acquérir un bien immobilier). Donc voilà les trois plus gros produits qu’on commercialise aujourd’hui.

Peut-on savoir ce qui différencie Macir Vie des autres compagnies d’assurance ?

La différence entre Macir Vie et les autres compagnies d’assurance, réside, à notre sens au niveau de la fiabilité de notre interconnexion avec nos clients. Nous communiquons beaucoup et sur différents axes. Nous faisons du marketing pédagogique pour essayer de faire comprendre que les produits de l’assurance des personnes sont des produits dont les clients ont besoin que ce soit en B to C ou B2B (le client en personne physique ou en personne morale).

Nous pourrons également citer la fluidité de l’information. Nous avons des délais de réponse, qui sont en règle générale, de 72H. Nous estimons que nous sommes vraiment très en phase avec le client.

Le second volet a trait à la rapidité dans le remboursement et sa justesse. Nous ne pouvons pas dire, par exemple, à un client que nous allons lui rembourser 100 pour lui rembourser ensuite 25. Et nous veillons toujours à ce que cela se fasse dans les délais impartis.

En résumé donc, c’est la communication, la fluidité de l’information, le paiement à temps des sinistres qui constituent des paramètres extrêmement importants et qui font justement notre force par rapport à nos concurrents.

A l’instar de plusieurs secteurs, les assurances traversent une crise. Comment faites-vous face à ce contexte difficile ?

On ne peut pas dire que le secteur des assurances aujourd’hui se porte mal mais connaît une certaine décroissance. L’on sait que le portefeuille des assurances dommages est soutenu principalement par l’assurance automobile en particulier.

Or, aujourd’hui, il y a moins d’importation donc moins d’immatriculation. Ce qui fait évidemment que la production en assurance automobile est moins importante. Sachant que la branche automobile est celle qui rapporte le plus de cash, c’est aussi elle qui historiquement et traditionnellement est déficitaire. Donc, du coup qu’est ce qui se passe ?

Plus la production augmente, plus les sinistres sont payés en temps et en heure, sauf que quand la production diminue on assiste à une émergence de la volumétrie de la sinistralité qui est importante, mais la production n’est pas au rendez-vous et c’est pour cela que rencontrons certaines problématiques au niveau des paiements.

En termes clairs, nous disons que le secteur des assurances connaît, certes, une décroissance mais ne se porte pas mal pour autant. Au contraire c’est un pan important du système financier algérien, sauf qu’aujourd’hui il devient impérieux de le promouvoir.

Comment le promouvoir justement ?

Personnellement et en tant que second vice-président chargé des assurances de personnes au niveau de l’UAR, je milite pour qu’on ne limite plus le champ d’action des compagnies d’assurance et les canaux de commercialisation, pourquoi ? Parce qu’il faut absolument qu’on puisse vulgariser la culture de l’assurance au sein des différentes couches de la société, et pour la vulgariser, il faut trouver de nouveaux canaux.

Cela veut dire qu’il ne faut plus s’arrêter uniquement aux canaux classiques et traditionnels autorisés par la réglementation que sont les banques, les courtiers et les agents généraux mais laisser libre les sociétés de se conventionner avec toutes les entités qui seraient capables de vendre des produits d’assurance, soit en inclusion soit en vente directe comme les agences commerciales des compagnies aériennes, les agences des opérateurs téléphoniques, les vendeurs de téléphonie mobile .. ect

On le fait lorsqu’on loue ou on vend tout ce qui est catastrophes naturelles, donc c’est devenu obligatoire, mais l’assurance multirisque habitation (MRH) elle, n’est pas obligatoire. D’autres garanties ne sont pas obligatoires, ce qui fait qu’on n’arrive pas à toucher l’ensemble des opérateurs ou l’ensemble des clients qui se trouvent sur tout le territoire national.

Je ne dis pas qu’il faille rendre les choses obligatoires, parce qu’aujourd’hui on ne peut pas imposer plus que ce qui est effectif sur le marché, sur les ménages. On ne peut pas leur demander ou les obliger à payer encore de nouvelles assurances … Donc c’est à nous de faire un travail de pédagogie. Nous en tant que compagnie d’assurance, on dit qu’il faut que ce soit une démarche volontaire, il faut que les clients puissent dire oui il faut s’assurer parce que c’est important.

Dans ce contexte, auriez-vous des propositions à faire au législateur ?

Dans le cas des assurances de personnes, nous on dit pourquoi ne pas être un dispositif d’appui à la CNAS ? La CNAS fait de l’excellent travail, mais elle a besoin d’aide. La pression sur le trésor public commence à devenir importante. Or, les compagnies d’assurance sont là, elles sont prêtes à jouer le rôle à condition qu’on les autorise à le faire.

Moi j’appelle le législateur à nous autoriser d’intervenir de manière progressive, par exemple au lieu de 20, 25% pour la 1e année, 30 la 2e année, 35 la 3e année, pourquoi ?

Pour nous c’est une augmentation de tarif, effectivement, mais c’est une augmentation du champ d’application sur lequel on a l’habitude de travailler. Et on peut prendre ça, les remboursements pourront être pris à notre charge au lieu que ce soit sur la charge de la CNAS.

Y a-t-il des difficultés particulières propres à votre secteur ?

Nous avons demandé, à travers l’UAR, à revoir le dispositif de la franchise de TVA qui nous permettrait de récupérer la TVA, nous en tant qu’assureurs de personnes, parce que nous faisons face à une problématique spécifique : aujourd’hui, nous vendons des produits défiscalisés du fait de la loi mais quand nous achetons, nous nous acquittons de la TVA, ce qui impacte nos résultats. Donc cela limite le champ d’action en termes de politique de communication, parce que ça coûte cher. Actuellement, c’est l’une de nos difficultés majeures.

Toutefois, nous sommes actuellement dans un travail avec les pouvoirs publics, pour pouvoir trouver une solution à cette situation.

Egalement, au niveau des appels d’offres, le jeu semble biaisé pour nous car les entreprises (ce sont souvent des entreprises publiques) érigent des conditions qui éliment de facto les entreprises privées.

Par exemple, il est fait exigence d’un capital social de tant de milliards de dinars. Or, le capital social est fixé au préalable par le législateur. En le respectant donc et agrément à l’appui, nous devrions de facto, avoir le droit d’intervenir sur l’ensemble des appels d’offre.

Faut-il souligner, en sus, que le capital social n’est pas un facteur de solidité financière de l’entreprise. C’est son traité de réassurance, ses fonds propres, ses agences, sa gestion, ses bilans qui font qu’une compagnie d’assurance soit solvable ou non.

L’exigence de l’ancienneté constitue, elle aussi, un critère fallacieux dans le sens où le privé est arrivé sur le marché de l’assurance, il y a à peine 18 ans.

Ensuite vient le préalable du moins-disant mais à ce niveau, il faut bien comprendre que le moins-disant n’est pas forcément celui qui va vous apporter le meilleur service et admettre enfin que payer un service de qualité, c’est un service qui vaut son prix.

Les perspectives de Macir Vie ?

D’abord, nous voulons vraiment nous digitaliser. C’est-à-dire que nous voulons aller vers une plus grande proximité avec la clientèle, et quoi de mieux que d’aller conquérir des parts de marché en allant sur les ordinateurs, les tablettes et les smartphones ?

Pour ce faire, nous sommes en train de mettre en place toute une politique de digitalisation, qui nous permettra d’être encore plus proches de nos clients, et de leur donner la possibilité de souscrire à des produits d’assurance en ligne. Petit à petit, l’ensemble des produits seront sur le site web, ce qui permettra aux clients une plus grande fluidité dans la manière de souscrire à leurs contrats. Cela se fera directement de chez eux ou de leur bureau.

Dans ce cadre, il faut savoir que nous avons complètement changé notre vision des choses puisque cela s’inscrit dans la volonté du gouvernement d’instaurer une vraie économie numérique.

Aussi, nous préparons une importante campagne de communication, et cela aucune compagnie ne l’a encore fait, afin de sensibiliser les clients, possédant une carte CIB, quant à l’importance de récupérer leurs codes d’accès au niveau de leur banque, et à partir de là, toutes les portes sont ouvertes. Ce sera là une opération qui représente pour nous un véritable virage dans nos perspectives d’évolution.

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